La célèbre licence de Squaresoft (aujourd'hui SquareEnix, mais je ne me ferai jamais à cette idée) revient en cette belle année 2010 pour porter haut les couleurs du JRPG. L'occasion pour les gamers superstitieux de poser la question: le numéro 13 est-il de bon ou de mauvais augure?
L'histoire de Final Fantasy XIII  reprend, s'il fallait la résumer à outrance, le poncif de l'univers bipolaire. D'un côté, la sauvage Pulse; de l'autre, la moderne Cocoon. On s'en doute, les deux mondes ne s'apprécient guère, et Cocoon, lieu de départ de l'aventure, vit dans une crainte permanente de tout ce qui provient de Pulse. Voilà qui tombe bien mal, puisqu'un fal'cie (divinité de Pulse) vient d'être découvert, contraignant le gouvernement à exiler des milliers de personnes, soi-disant "contaminées". Un exil aux allures de génocide qui provoque rapidement une guerre civile. Ce Final Fantasy commence donc sur un ton assez sombre et traite, si l'on passe outre le contexte fantastique et une certaine naïveté propre à la licence, de sujets assez difficiles. L'occasion aussi de retrouver une ambiance mêlant fantasy et sci-fi, saupoudrée de cyberpunk façon Midgar. Les graphismes sont magnifiques, et chaque décor possède un cachet certain. On regrette du coup l'impossibilité de se promener autant qu'on le voudrait, le joueur étant contraint à des couloirs on ne peut plus étriqués.
Une fois n'est pas coutume, il n'y a pas de héros central dans cet épisode de Final Fantasy. On alterne donc souvent, en particulier pendant les premières heures, entre différents personnages dont les destins se croisent peu à peu. Si la formule peut sembler cliché, l'idée est bonne et permet de donner à chacun une motivation propre, tout en nouant des intrigues entre les protagonistes. Même si on y revient progressivement en cours de route, il est agréable de s'éloigner ainsi de l'archétype du groupe soudé. Evidemment, le design nomuresque donc douteux, et un doublage à base de gémissements plaintifs et incessants rendront de nombreux joueurs imperméables à ces qualités. D'autant que la modélisation des personnages ne se veut pas vraiment réaliste: ils sont beaux, jeunes, bien coiffés et ne connaissent pas l'acné. Là encore, tout est affaire de goût, mais cette approche de la "fantasy" propre à nos amis nippons reste une alternative pertinente à l'heure où Mass Effect se pose en référence du RPG SF. En tout cas, elle satisfera sans peine le public visé.
Il est difficile de juger du scénario sans en révéler plus qu'il ne faudrait. Intéressant dans son cheminement, il sait laisser les questions en suspens et faire planer les doutes, mais s'avère malheureusement assez décevant une fois dévoilé. Les réponses que l'on attend sont au mieux capillotractées, et au pire, tristement prévisibles. Reste que sous réserve d'accrocher à l'univers et aux personnages, ce treizième volet de la série nous offre une fresque épique. La maîtrise de SquareEnix n'est plus à démontrer en matière de mise en scène, avec des cinématiques magnifiques même lorsqu'elles utilisent le moteur du jeu. L'expressivité des personnages est bonne, et on regrette surtout certains excès bien inutiles, comme une scène risible de déclaration d'amour sur fond de soleil couchant. Enfin, les musiques s'avèrent assez décevantes, trop lourdeautes et pas assez subtiles ni discrètes.
Patience...
Non pas parce qu'il en faut pour lire ce test jusqu'au bout, mais plutôt pour jouer à FF XIII. Oui, les graphismes sont époustouflants. Oui, le scénario et les personnages, malgré leurs lacunes, s'en sortent bien. Mais tout cela s'avère bien envahissant, et le jeu en ressort extrêmement linéaire. Si de nombreux JRPG ont déjà souffert de ce défaut, il est difficile de ne pas s'interroger à la vue de cet univers splendide et du rail sur lequel on est contraint de l'explorer: SquareEnix n'a-t-il pas été dépassé par l'ampleur de la tâche? La volonté de faire passer l'histoire avant un idéal libertaire est claire et se justifie tout à fait. Toujours est-il que le choix a de quoi décevoir. La sensation de passivité face aux innombrables cinématiques accentue ce constat, car si elles ne manquent pas de dynamisme, l'absence d'interactivité et l'impossibilité d'intervenir dans les dialogues se font sentir. Au vu de la longueur des cinématiques en question, difficile d'être aussi tolérant sur le sujet qu'il y a 10 ans. Bref, Final Fantasy XIII  ne se contente pas d'être très dirigiste, il impose surtout son rythme et n'autorise que rarement le moindre écart.
Une délivrance partielle finira néanmoins par venir. Je ne parle pas ici de la soit-disante liberté sur Pulse, qui ne concerne qu'une fraction du jeu et relève surtout de l'affabulation. Cette vaste (mais vide) plaine n'est là que pour du farming intensif: de quoi offrir des dizaines d'heures de jeu aux plus patients, mais la répétitivité de la tâche rebutera la plupart d'entre nous. Si la linéarité demeure, le gameplay lui s'enrichit au fil de l'aventure, avec des cinématiques moins présentes et des phases de jeu plus exigeantes. Le système de combat frappe d'abord par son dynamisme. Chaque ennemi a une barre de choc, qui une fois remplie à l'aide d'attaques successives, le rend plus vulnérable pendant une durée limitée. Les stratégies les plus efficaces sont donc aussi les plus brutales et les plus impressionnantes. Malheureusement, seul le personnage principal est sous notre contrôle, et ce de manière très relative puisque l'IA choisit elle-même les attaques (on peut le faire soi même, mais c'est fastidieux et inutile). Les alliés se comportent de manière autonome, ce qui peut être frustrant puisque leurs décisions ne sont pas toujours les bonnes. Les possibilités offertes au joueur sont ainsi assez limitées, jusqu'à ce que de nouvelles options apparaissent peu à peu: magies, invocations (à l'intérêt restreint mais qui ont le mérite de régénérer l'équipe) et, plus important encore, les jobs.
ANPE et système de combat
Plusieurs rôles peuvent en effet être assignés aux personnages: attaquant, soigneur, etc. Au lieu des habituels levels, les points d'expérience devront être dépensés dans des arbres de progression spécifiques à chaque job, et dans lesquels chaque branche apporte une nouvelle attaque ou un bonus (de dégât, d'endurance, etc.). Ces arbres sont cependant très linéaires, et l'influence du joueur portera plutôt sur la préférence qu'il accordera à tel ou tel rôle. Bien sûr, ce choix se fait en fonction des caractéristiques de chaque personnage, mais aussi de la situation. Il est en effet possible, à tout instant en cours de combat, d'attribuer de nouveaux rôles à son équipe selon des stratégies prédéfinies (par défaut ou par le joueur). Chaque changement implique une petite interruption pour le joueur, pendant laquelle le combat continue, de sorte que le rythme et l'équilibre du jeu n'en souffrent pas (impossible d'abuser du système en changeant de stratégie indéfiniment). De façon surprenante, cette interruption n'a pas toujours la même durée, ce qui la rend désagréablement imprévisible. Quoiqu'il en soit, c'est là l'essentiel de l'intervention du joueur, l'IA se chargeant ensuite du reste. Cela peut sembler limité, et à titre personnel, je regrette encore le rôle trop important confié à l'IA. Il est néanmoins indéniable que ce système est plus riche qu'il n'y parait, et aboutit dans la deuxième moitié du jeu, grâce à l'augmentation progressive de la difficulté, à un challenge tout à fait intéressant et auquel on ne se serait pas forcément attendu à priori (étant donné la régénération automatique des personnages entre chaque combat, ou le respawn instantané en cas de défaite).
Conclusion: 6,5/10
Final Fantasy XIII fait partie de ces jeux qui divisent. Le gameplay, d'une grande richesse, n'est mis à profit qu'après 15 ou 20h de jeu, de sorte qu'il ne peut justifier à lui seul l'achat. Quant à l'univers, il est tout autant envoûtant par sa beauté, qu'étouffant par le dirigisme et la grande linéarité du jeu. Ceux qui adhérent à ce parti pris auront probablement déjà été convaincus par les trailers, et pourront trouver sans peine leur compte avec FF XIII. Pour les autres, ne souffrez d'aucun remords pour passer à côté du Final Fantasy next gen. Un bon jeu certes, mais certainement pas l'indispensable attendu.
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Final Fantasy XIII
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